Protéger les jeunes

Le tabagisme chez les jeunes en France

L’industrie du tabac l’a compris depuis longtemps : « Les adolescents d’aujourd’hui sont les consommateurs réguliers potentiels de demain, et la très grande majorité des fumeurs commence à fumer à l’adolescence. » (Philip Morris, 1981).

Les fumeurs, dans leur très grande majorité, commencent à fumer à l’adolescence et deviennent rapidement dépendants bien avant l’âge adulte.

Le tabagisme est une épidémie industrielle pédiatrique[1] : l’âge d’entrée dans le tabagisme intervient à 14,5 ans[2]. Lorsque trois enfants expérimentent le tabac, deux sur trois au moins seront consommateurs de tabac une partie de leur vie. La dépendance à la nicotine s’installe très rapidement et ces jeunes deviennent rapidement dépendants aux produits du tabac, y compris avec des consommations faibles et ponctuelles.

L’usage quotidien de tabac est plus fréquent parmi les garçons que parmi les filles (17 % vs 14,2 %), il est dans le même temps trois fois plus élevé chez les apprentis (38,6 %) que parmi les lycéens (10,1 %). Cet écart important s’explique par une composante sociale, un pouvoir d’achat plus important pour les apprentis qui perçoivent un salaire et une accessibilité facilitée aux produits.

 

En France, la baisse de la prévalence tabagique ne doit pas marquer le ralentissement des efforts antitabac

D’après l’enquête ESCAPAD 2022 menée par l’OFDT, près de la moitié (46,5 %) des Français de 17 ans avaient déjà expérimenté un produit du tabac et 15,6 % d’entre eux étaient alors des fumeurs quotidiens[3]. La France est assez touchée par le problème du tabagisme des jeunes, bien que ce niveau soit parmi les plus faibles des pays européens de l’enquête ESPAD 2024 : par comparaison avec les autres pays européens, la France se situe en dessous de la moyenne en ce qui concerne la consommation de tabac chez les adolescents scolarisés de 16 ans avec un taux d’expérimentation à 20 % et une prévalence quotidienne à 3,1 % en 2024, une initiation et une expérimentation plus marquées chez les filles que les garçons mais une consommation équivalente[4]. Si le tabagisme est de plus en plus socialement désapprouvé, grâce à de nombreuses campagnes de dénormalisation de la pratique, il reste un marqueur social notamment d’intégration chez les jeunes[5].

Ces chiffres restent toutefois très préoccupants lorsque l’on sait que la moitié de ces jeunes ne parviendra pas à arrêter de fumer et qu’un quart d’entre eux (la moitié de ceux qui resteront fumeurs) mourra de son tabagisme. Pour parvenir à l’objectif d’une génération sans tabac d’ici 2032 en France, que d’autres pays ont déjà atteint, il importe donc de poursuivre et renforcer la mise en œuvre des mesures pour lesquelles une efficacité a été démontrée en matière de réduction du tabagisme, notamment l’interdiction des produits du tabac et de vapotage aux mineurs.

 

Aller plus loin :

Interdiction de vente aux mineurs : des outils pour renforcer son effectivité

L’interdiction de vente de tabac aux mineurs : une mesure largement inappliquée

Fiche d’information : le tabagisme chez les jeunes en France

Brochure UNAF/CNCT – cigarettes électroniques, produits du vapotage – comment protéger mon enfant? 

Brochure – Interdiction de vente de produits du vapotage aux mineurs, un interdit protecteur


[1] Majnoni d’Intignano B. Les épidémies industrielles, Santé et Economie en Europe, PUF, 2016

[2] Brissot A, Le Nézet O, Spilka S., Focus, L’usage de tabac chez les jeunes de 17 ans : résultats de l’enquête Escapad. Bull Épidémiol Hebd. 2023;(9-10):166-9.

[3] Ibid

[4] Spilka S., Philippon A., Le Nézet O., Janssen J. (2025) Les usages de drogues en Europe à 16 ans –
Résultats ESPAD 2024. Tendances, OFDT, n° 169, 8 p

[5] De Rosso  S, Guignard  R, Pasquereau  A, Andler  R, Beck  F, Nguyen-Thanh V. Perceptions du tabagisme en France hexagonale en 2022 parmi les 18-75 ans : où en est la dénormalisation  ? Bull Epidemiol Hebd. 2025;(10):164-71.

https://beh. santepubliquefrance.fr/beh/2025/10/2025_10_1.html

Des mesures efficaces pour prévenir le tabagisme des jeunes

Selon l’expression de David Kessler, ancien directeur de la Food and Drug Administration aux États-Unis, le tabagisme est une « épidémie pédiatrique ».

On constate en effet que la très grande majorité des fumeurs à long terme commence à fumer à l’adolescence ; cette réalité est vérifiée quel que soit le pays concerné.

Bien qu’en 10 ans, le nombre de fumeurs quotidiens de 18 à 75 ans ait diminué de 4 millions, la France reste touchée par le problème du tabagisme des jeunes.

En 2024, 20 % des Français de 16 ans déclarent avoir déjà fumé une cigarette au cours de leur vie, contre 32 % en moyenne au niveau européen. La plus forte baisse observée est celle du tabagisme quotidien des Français de 16 ans, à 3,1 % en 2024 contre 16 % en 2015. La France figure ainsi parmi une dizaine de pays européens où la prévalence est inférieure à 5 % à cet âge.

Par ailleurs, l’âge de la première cigarette se situe autour de 14,5 ans, qui aboutit à une moyenne de 18 % de fumeurs quotidiens parmi les 18-29 ans en 2024.

Le tabac demeure malgré ces progrès la première drogue consommée par les jeunes devant le cannabis et certaines drogues illicites (cocaïne, amphétamines, ecstasy…), et s’ajoute le fait que ces derniers peuvent toujours être exposés au tabagisme passif dans certains espaces, notamment les terrasses de café, l’habitat privé et les balcons/jardins privatifs.

De plus, la baisse de la prévalence tabagique des jeunes demeure menacée par une forte expansion du marché des nouveaux produits nicotiniques, comme les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et le tabac chauffé, qui entraînent les jeunes dans une dépendance précoce et durable à la nicotine. Selon les données 2022 de l’OFDT, parmi les Français de 17 ans, 57 % avaient déjà expérimenté la cigarette électronique et 6,2 % vapotaient quotidiennement.

 

Les fabricants de tabac ciblent directement les jeunes

Ce qui distingue le tabagisme d’autres problématiques de santé publique, c’est qu’il renvoie à ce qu’on appelle une véritable épidémie industrielle. La question du développement de la consommation de tabac, en particulier des jeunes, ne peut se comprendre sans prendre en compte l’activité déployée par l’industrie qui cherche par tous les moyens à vendre ses produits. L’ancienne directrice Générale de l’Organisation mondiale de la Santé, mentionnait ainsi en 2000 :

“La consommation de tabac ne ressemble pas à d’autres menaces sur la santé mondiale. Les maladies infectieuses n’emploient pas des sociétés multinationales de relations publiques. Il n’existe pas de groupes de façade pour promouvoir la propagation du choléra. Les moustiques n’ont pas de lobbyistes à leur service”. Et elle ajoutait que “Le tabac est une maladie contagieuse. La contamination passe par la publicité et le parrainage”.*

Lever le voile sur les stratégies des cigarettiers

 

Le CNCT contribue à mettre à jour le véritable visage des fabricants de tabac

Le CNCT s’efforce de faire connaître les stratégies des industriels du tabac pour attirer les enfants et de les contrer. Le CNCT a tout particulièrement contribué à révéler leurs pratiques aux antipodes de leurs déclarations officielles en rendant publics leurs documents internes.

Contrairement à ce qu’affirment les fabricants de tabac, qui prétendent s’adresser uniquement aux adultes, voire soutenir des initiatives en matière de prévention du tabagisme des jeunes, leurs documents internes indiquent que ce positionnement est uniquement une tactique pour demeurer des interlocuteurs respectables et empêcher l’adoption de mesures efficaces portant atteinte à leurs intérêts financiers.

Dans cette perspective, les fabricants vont même jusqu’à financer des programmes de prévention du tabagisme qu’ils conçoivent de telle sorte qu’ils n’aient au mieux aucun impact,  au pire qu’ils s’avèrent contreproductifs. L’objectif est, selon leurs propres termes, de :

1) Réduire les lois proposées et adoptées restreignant ou interdisant nos activités de vente et de marketing ;

2)  Faire voter des lois en faveur de l’industrie ;

3)  Avoir un meilleur appui de la part des entreprises, des parents et des groupes d’enseignants.»

D’une manière générale, le CNCT demande qu’une transparence beaucoup plus grande soit exigée de la part des pouvoirs publics à l’égard des fabricants de tabac, afin que ces derniers communiquent leurs données sur l’ensemble des résultats de leurs recherches et études, leurs stratégies de marketing et de développement de leurs ventes, les sommes dépensées en actions de lobbying, etc.

Au travers d’un plus grand contrôle des activités des fabricants de tabac et en se préservant de leur ingérence dans le choix des politiques de contrôle du tabac, comme la France s’y est du reste engagée, la prévention du tabagisme pourra grandement progresser.

En effet, indépendamment des mesures d’éducation à la santé, les mesures efficaces de prévention globale du tabagisme, et en particulier du tabagisme des jeunes, sont bien connues. Elles sont reprises dans le traité international de l’OMS : la Convention-cadre de Lutte antitabac. Elles renvoient le plus souvent à des mesures d’ordre général, qui s’appliquent à l’ensemble de la population et dont la pertinence est encore amplifiée pour les plus jeunes.

Préserver les jeunes de toute promotion des produits du tabac

 

Le CNCT s’engage au quotidien pour préserver les jeunes de toute incitation à fumer et consommer des produits de la nicotine et casser l’image valorisante véhiculée par les univers publicitaires des marques de produits du tabac et de la nicotine

L’industrie du tabac et de la nicotine produit un marketing de masse qui essaye sans cesse de maintenir les consommateurs dépendants et de capter de nouvelles clientèles. Ainsi, si les industriels tirent toujours profit du tabac classique dans le monde, ceux-ci tentent d’anticiper la baisse mondiale du tabagisme en développant un marché des nouveaux produits nicotiniques (cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine…), déployant un marketing qui cible spécialement les jeunes, potentielle clientèle de demain.

La publicité, les promotions et le parrainage jouent un rôle essentiel dans l’incitation à commencer à fumer, à accroître sa consommation, à passer d’une consommation occasionnelle à une consommation régulière, à dissuader d’arrêter et enfin à inciter à reprendre pour les fumeurs qui auraient arrêté de fumer.

A contrario, on a pu mesurer que la disparition de la publicité contribue à réduire la consommation de tabac, notamment celle des jeunes et contribue à casser l’image positive associée au produit.

Le CNCT a fortement plaidé pour la mise en œuvre d’une mesure d’interdiction complète de toute publicité en faveur des produits du tabac, sachant que des interdictions partielles sont inefficaces car les fabricants transfèrent leurs investissements publicitaires vers d’autres supports.

L’association veille attentivement à ce que les opérations promotionnelles et publicitaires de ces fabricants, totalement illicites, soient poursuivies et sévèrement sanctionnées. Le CNCT est ainsi à l’origine de l’ensemble des avancées de la jurisprudence protectrice dans ce domaine.

Enfin, au regard des pratiques permanentes de contournement des fabricants et de leurs violations réitérées en dépit des condamnations définitives prononcées chaque année à leur encontre, l’association milite pour l’adoption de nouvelles dispositions, dont l’efficacité a été avérée et qui sont fondées sur les meilleures pratiques d’autres pays.

Ces mesures portent en particulier sur :

–  L’obligation de vente sous le comptoir ou dans des tiroirs comparables à ceux des médicaments. Les étals sont, en tant que tels, un moyen pour attirer en particulier les plus jeunes par la présentation de paquets extrêmement séduisants, colorés et qui font de plus en plus l’objet de collections parmi les adolescents,

–  La préservation à l’égard des placements de produits publicitaires particulièrement présents dans les films et jeux vidéos, très prisés par ce public,

–  La réglementation stricte des activités des entreprises du tabac dans leurs promotions d’ « entreprises socialement responsables ».

Selon l’OMS, « la responsabilité sociale des entreprises dans l’industrie du tabac est une antinomie en soi car les fonctions fondamentales de l’industrie sont en contradiction avec les buts visés par les politiques de santé publique concernant la lutte contre le tabagisme ».

– La réglementation stricte des nouveaux produits de la nicotine (vapotage, tabac chauffé, sachets de nicotine…), et notamment l’interdiction de leur vente en ligne, de leur promotion sur les réseaux sociaux, l’interdiction des arômes sauf le tabac, ou encore la réglementation de la 6-méthyl-nicotine (aussi appelée 6-mn ou métatine), une molécule de synthèse de la nicotine, au même titre que les autres produits nicotiniques.

Dissuader les jeunes de commencer à fumer

 

Une politique fiscale dynamique constitue le moyen le plus efficace pour dissuader les jeunes de commencer à fumer

Augmenter régulièrement les taxes sur l’ensemble des produits permet d’avoir des prix dissuasifs. En effet, une augmentation des prix de 10 % induit une diminution des ventes de 4 % en moyenne dans les pays développés et jusqu’à 8 % dans les pays à faibles revenus.

Cette baisse est plus sensible encore pour les jeunes : dans un pays comme la France, une hausse de 10 % induit une baisse de la consommation des jeunes de l’ordre de 8 %.

Des prix élevés sont par ailleurs associés à une réduction du nombre de jeunes commençant à fumer.

Le CNCT soutient une politique fiscale dynamique. Il rappelle cependant que cette politique fiscale est pleinement efficace si :

  • Les hausses sont suffisamment massives : des augmentations de 5-6 % ne font qu’accroître les marges bénéficiaires des fabricants sans réduire la consommation,
  • Elles sont répétitives, sinon, leur effet s’estompe dans le temps,
  • Elles concernent tous les produits du tabac afin d’éviter un transfert de consommation vers des produits moins chers que les cigarettes, comme le tabac à rouler, la chicha… tout aussi toxiques. Cela suppose donc d’aligner la structure de la fiscalité des autres produits du tabac sur celle des cigarettes manufacturées les plus chères. Une partie des recettes fiscales est affectée directement à la prévention du tabagisme et à l’aide à l’arrêt des fumeurs.

Le CNCT agit pour protéger les jeunes de l’exposition au tabagisme passif

L’exposition au tabagisme passif des enfants et adolescents est particulièrement importante. Or les risques à leur égard sont d’autant plus graves que leurs capacités pulmonaires ne sont pas encore matures et qu’ils sont très sensibles aux toxiques de la fumée de tabac.

Le CNCT a soutenu et fortement contribué à l’instauration de la protection de tous à l’égard du tabagisme passif au travers de la mesure d’interdiction de fumer dans l’ensemble des lieux de travail et d’accueil du public. En effet, cette mesure qui protège dorénavant les enfants dans les établissements scolaires, d’enseignement et de formation, induit des changements de comportement chez les fumeurs, y compris à leur domicile, où ils exposent moins leur entourage.

Par ailleurs, l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif contribue grandement à modifier la norme qui n’est plus celle de fumer partout. Les jeunes peuvent aujourd’hui sortir en discothèque, dans un café et profiter pleinement de ces lieux de convivialité libérés de la fumée de tabac.

La mesure d’interdiction de fumer fait partie du processus qualifié de « dénormalisation » de la consommation de tabac.

Communiquer et prévenir

 

Faut-il une communication ciblée pour les jeunes ?

Oui et non.

Nombre de campagnes qui s’adressent à l’ensemble de la population sont très efficaces aussi parmi les jeunes.

Il est possible cependant de développer certaines thématiques auxquelles ces derniers sont plus réceptifs.

Le CNCT milite pour le développement de messages de prévention axés non seulement sur les risques pour la santé mais également sur d’autres problématiques susceptibles de toucher davantage les jeunes comme :

  • le coût économique du tabac ;
  • l’impact sur l’environnement ;
  • les manipulations dont ils font l’objet de la part de l’industrie du tabac pour les attirer et les rendre addicts aux produits ;
  • l’incidence sur leur physique, leur sexualité et leur intégration sociale.

Ces messages de prévention peuvent être diffusés dans le cadre de campagnes grand public et également directement sur les paquets des produits du tabac, vus non seulement par les fumeurs mais aussi par les non-fumeurs.

 

Le CNCT demande l’application effective de mesures spécifiques pour la prévention des jeunes

Un certain nombre de mesures complémentaires, plus ciblées sur les jeunes, ont également été préconisées, notamment l’interdiction effective de vente de produits du tabac et de vapotage aux mineurs.

Cette mesure, en tant que telle, a une efficacité si le taux d’application est supérieur à 90 % ce qui, malheureusement, n’est pas le cas puisque l’enquête Audirep 2025 montre que seuls 66 à 69 % des buralistes refusent une vente à un mineur.

De plus, cette mesure doit impérativement être associée à l’ensemble des autres dispositions générales précédemment développées.

Programme de prévention ASSIST

Les enquêtes récentes réalisées auprès des collégiens de 11 à 15 ans montrent une grande précocité des expérimentations et de la consommation du tabac durant les « années collèges ». Ainsi leur niveau d’expérimentation du tabac est le fait d’un jeune sur 10 en 6e, et concerne un jeune sur deux en 3e (OFDT).

Qu’est-ce qu’Assist ?  

Un programme de prévention du tabagisme, fondé sur l’influence des pairs, à destination des 12-13 ans (élèves de 5e), dans lequel des élèves influents (des « ambassadeurs ») sont formés et incités à avoir des conversations informelles avec leurs pairs sur les risques du tabagisme et les avantages à ne pas être fumeurs.

Assist est un programme en vigueur au Royaume-Uni depuis plusieurs décennies. Il a été évalué et a démontré une certaine efficacité pour prévenir le tabagisme des jeunes. Soutenu par le Ministère de l’Éducation nationale et l’agence Santé Publique France, le CNCT a travaillé de 2017 à 2019 à l’expérimentation du programme en France, avec l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et l’équipe britannique de Decipher-Impact.

 

Génération sans tabac

Décrypter l’actualité sur le tabac et son industrie

À l’origine de 75 000 morts par an en France, le tabac reste la première cause de mortalité prématurée et évitable dans le pays. Pour cette raison, la lutte contre le tabagisme est une priorité de santé publique.

L’objectif d’une génération sans tabac d’ici 2032 en France fait partie de l’actuel Programme National de lutte contre le tabac (PNLT), avec un objectif de prévalence tabagique inférieure à 5 % à échéance. D’autres pays visent de même une génération sans tabac à l’horizon 2025 (Irlande et Suède), 2030 (Royaume-Uni, Finlande, Danemark), 2035 (Canada) ou 2040 (Belgique, Espagne, Pays-Bas, Portugal, Slovénie, Union européenne de manière générale). La Nouvelle-Zélande envisageait également cette voie jusqu’à l’élection d’un gouvernement proche de l’industrie du tabac.

En parallèle, certains pays veulent mettre en place ou ont déjà mis en place une interdiction générationnelle de vente de tabac à toutes les personnes nées à partir d’une année donnée. Si la Nouvelle-Zélande a encore une fois abandonné l’idée sous la pression de l’industrie, les Maldives ont interdit à toute personne née à partir du 1ᵉʳ janvier 2007 l’achat, la possession et l’usage des produits du tabac. Le Royaume-Uni, avec le projet de loi du Tobacco and Vapes Bill, prévoirait d’interdire définitivement la vente du tabac aux personnes nées à partir du 1ᵉʳ janvier 2009.

Pour contrer cette épidémie industrielle, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), premier traité de santé publique négocié sous l’auspice de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), décrit et recommande les mesures dont l’efficacité a été scientifiquement démontrée pour réduire la consommation de tabac. Son article 4.7 insiste sur le rôle de la société civile et l’article 12 sur l’importance de l’éducation, la communication, la formation et la sensibilisation du public.

Pour freiner la consommation de produits du tabac, la prévention peut prendre la forme de mesures au niveau politique, telles qu’une taxation accrue des produits du tabac ; des lois plus strictes (et une bonne application des lois) réglementant qui peut acheter des produits du tabac ; comment et où ils peuvent être achetés ; où et quand ils peuvent être utilisés (c’est-à-dire dans des espaces sans tabac) ; et le bon respect de l’interdiction de la publicité pour le tabac et le vapotage. La sensibilisation du grand public permet de générer le débat dans l’espace public et d’augmenter la prise de conscience collective des problèmes liés au tabagisme.

Génération Sans Tabac est une plate-forme d’information francophone sur la lutte antitabac lancée en janvier 2020 par le Comité national contre le tabagisme et soutenu financièrement par le Fonds de lutte contre le tabac, devenu Fonds de lutte contre les addictions.

Chaque jour, elle est alimentée d’actualités en santé publique et sur la lutte antitabac en France et à l’international. Elle offre par ailleurs des décryptages et analyses sur les pratiques de l’industrie du tabac et de ses alliés et aborde un large spectre de sujets (environnement, droits humains, marketing, santé…)

À son lancement en 2020, nous avons plus particulièrement étudié les actions de l’industrie du tabac en lien avec la pandémie et ses pratiques d’interférence dans les politiques de santé publique. D’autres thématiques ont été explorées au fil du temps telles que le lien entre tabac et culture (films, séries, jeux vidéo, musique…), tabac et environnement (plaidoyer contre les filtres de cigarettes, dénonciation des campagnes de ramassage de mégots gérées par l’industrie elle-même, responsabilisation environnementale de l’industrie…), les nouveaux produits de la nicotine qui ciblent particulièrement la jeunesse (cigarettes électroniques, puffs, sachets de nicotine, métatine…), l’interférence mondiale de l’industrie ou encore les marchés parallèles, avec un nombre toujours grandissant de nouvelles approches.

En cinq ans, Génération Sans Tabac a produit plusieurs milliers de contenus originaux, sous des formats divers : actualités, fiches d’information, infographies, vidéos… susceptibles de vous intéresser.

Dans un monde où les canaux véhiculant l’information sont volontiers utilisés, avec une information manipulée, Génération Sans Tabac poursuit une triple exigence : celle de l’indépendance, de la transparence et de la rigueur scientifique.

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Interdiction de vente aux mineurs

L’interdiction de vente des produits du tabac et de vapotage aux mineurs

Le CNCT a été à l’initiative de la mesure d’interdiction de vente des produits du tabac aux mineurs en 2003, d’abord limitée aux moins de 16 ans puis à l’ensemble des mineurs depuis 2009[1], une interdiction ensuite étendue aux produits de vapotage en 2015[2]. Les modalités d’application ont encore été renforcées en 2016 afin de faciliter le contrôle systématique de l’âge par le buraliste ou le vendeur de produits de vapotage qui doit exiger une pièce d’identité. Enfin, une affichette légale obligatoire signalant cette interdiction doit être apposée de façon visible.

L’association a réalisé plusieurs états des lieux soulignant l’absence d’effectivité de la mesure. Aussi, en articulation avec les pouvoirs publics et avec le soutien financier du fonds de lutte contre les addictions, le CNCT est actuellement engagé dans un projet visant à faire respecter cette mesure de protection. En effet, cette disposition, si elle est appliquée, est démontrée comme efficace pour réduire l’accessibilité aux produits du tabac et en particulier prévenir l’entrée dans le tabagisme des plus jeunes.

Le projet comprend plusieurs dimensions dont un volet d’information et de mobilisation des différentes parties prenantes. L’ensemble des buralistes ont ainsi reçu un document leur rappelant l’enjeu de la mesure, leurs obligations, et les modalités pratiques d’application. De même, une communication a été assurée auprès du grand public et en particulier auprès des familles en partenariat avec l’UNAF, Union Nationale des Associations Familiales. Un document a été spécialement conçu à leur attention.

Le projet comporte également une étude approfondie des bonnes pratiques et expériences étrangères pertinentes que ce soit au niveau des dispositifs d’accompagnement, de contrôle de la mesure ou encore des sanctions à retenir. Des actions concernant les contrôles en lien notamment avec les nouveaux corps de contrôle que sont les policiers municipaux sont également prévues dans le projet.

Une mesure encore en partie inappliquée 16 ans après son instauration

Malgré l’interdiction en vigueur depuis de nombreuses années, la mesure reste largement inappliquée en France car 94 % des fumeurs quotidiens âgés de 17 ans déclarent acheter régulièrement leurs cigarettes chez un buraliste. Une enquête menée par l’institut d’enquêtes Audirep pour le CNCT[4] en 2025 montre qu’environ un tiers des buralistes et magasins de vapotage vendent aux mineurs de 17 ans, qu’ils soient fumeurs ou non-fumeurs.

Or la mesure d’interdiction de vente aux mineurs, qui limite l’accessibilité aux produits et contribue à la dénormalisation de celui-ci, est une mesure efficace. Elle fait partie des stratégies complètes de réduction de la consommation de tabac définies dans la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac. La mesure d’interdiction de vente des produits du tabac et de vapotage aux mineurs est efficace dans une stratégie d’ensemble de lutte contre le tabagisme. Les jeunes qui perçoivent le tabac ou la cigarette électronique comme relativement faciles à acheter ont plus de risques de devenir des fumeurs ou vapoteurs réguliers que ceux qui les considèrent comme plus difficiles. Le fait d’interdire la vente de tabac et de produits de vapotage aux mineurs fait prendre conscience que le tabac est dangereux et mortel et la nicotine est extrêmement addictive, en plus de présenter elle aussi des risques. La simple promulgation d’une loi, sans application, n’est en revanche pas efficace[5]–[6].

…et donc, pour l’heure, inefficace sur la prévalence du tabagisme chez les jeunes

Pour que l’interdiction de vente de tabac et de vapotage aux moins de 18 ans contribue à faire baisser le tabagisme chez les jeunes, le taux d’application de la loi doit être supérieur à 80 %. De nombreux pays ont des taux d’effectivité supérieurs à 90-95 %. Un taux élevé d’effectivité de la mesure implique : une information et une communication sur la mesure, la mise en place d’une vérification systématisée de l’âge du client par le vendeur, l’existence de contrôles répétés et de sanctions.

Les recommandations du CNCT concernant la loi de vente de tabac et de vapotage aux mineurs

Face à la mauvaise application de la mesure d’interdiction de vente de produits du tabac et de vapotage aux mineurs, il est essentiel d’alerter et de remobiliser le grand public et les acteurs concernés par la bonne mise en œuvre de cette disposition.

Il importe ainsi de renforcer les contrôles dans les débits de tabac et les magasins de vapotage et garantir que les sanctions disciplinaires soient beaucoup plus immédiates et renforcées, en particulier à l’égard des débitants récidivistes.

Il est également important de suspendre la licence et que les condamnations apparaissent sur le casier judiciaire des contrevenants.

Pour assurer un engagement cohérent et ferme à faire appliquer cette mesure, une circulaire du ministère de la justice doit aussi être diffusée auprès de l’ensemble des parquets, comme cela a pu être fait dans certains domaines comme celui de la sécurité routière.

Enfin, les pouvoirs publics doivent envisager un rehaussement de l’âge légal de vente de produits du tabac et du vapotage à 21 ans, ce qui constituerait une mesure de prévention efficace, retardant l’initiation et limitant l’exposition des jeunes. Cette évolution représenterait une première étape vers une interdiction générationnelle de la vente, en cohérence avec l’objectif d’une génération sans tabac.


[1] Loi n° 2003-715 du 31 juillet 2003 visant à restreindre la consommation de tabac chez les jeunes. www.legifrance.gouv.fr

[2] Code de la santé publique. Article L3512-1-1.

[3] Loi n° 2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation.

[4] CNCT, Un buraliste sur trois accepte encore de vendre aux mineurs sans aucun contrôle d’identité, 12 novembre 2025

[5] Stead LF, Lancaster T. Interventions for preventing tobacco sales to minors. Cochrane Database Syst Rev 25 janv2005;(1)CD001497

[6] DiFranza JR. Which interventions against the sale of tobacco to minors can be expected tot reduce smoking? Tabale1. Tob Control 2021;21:436-42